Femmes, ne soyez pas soumises à vos maris !

Mis à jour : févr. 15

Il est la terreur de chaque couple qui s’apprête à célébrer son mariage à l’église ! La lecture biblique !!! Que va choisir le pasteur ?!


Car voilà le problème, il n’y a pas 36 versets qui parlent du couple dans la Bible.


Et si le pasteur n’est pas d’humeur à lire le Cantique des cantiques avec ses images étranges et salaces ou à détourner 1 corinthiens 13 de son contexte le risque est grand qu’il jette son dévolu sur EPHÉSIENS CHAPITRE 5.

I- Paul enseigne-t-il la soumission de la femme à l’homme ?


Avouons-le, ce passage est franchement gênant. Il ne fait pas partie des versets que nous aimons mettre sur Instagram, dans notre chambre, ou sur nos tee-shirt. Désolé Paul, mais sur ce coup, ce n’est pas la meilleure punchline que tu aies écrite. Du coup on tente tout un tas de parades pour s’en sortir :

- "Soumission" veut dire "sous la mission" : mais si le jeu de mot est fun en français, je doute qu'il ait existé dans le texte original.

- "C’est un problème de traduction" : on peut toujours se lancer dans un critique textuelle, mais avant de remettre en question le travail de dizaines de traducteurs, prenez bien le temps de potasser vos arguments et vos connaissances.

- "C’etait contextuel" : Paul compare la relation homme/femme avec la relation Eglise/Jésus. Pourquoi la soumission de la femme serait contextuelle si la soumission de l’Eglise ne l’est pas ?


Paul semble réellement enseigner la soumission de la femme à son mari.


Au verset 21, Paul nous encourage à se soumettre les uns aux autres. Cependant, Paul va plus loin en précisant spécifiquement que les femmes doivent être soumises à leur maris. Il continue en expliquant clairement que l’homme est le chef de la femme comme Christ est le chef de l’Eglise. En retour l’homme doit aimer la femme comme Christ a aimé l’Eglise.


Notons que Paul au verset 24 et 33 ne semble pas très à l’aise avec sa comparaison entre le couple marital et la relation de Jésus et son Eglise. Il doit bien voir que cette comparaison amène rapidement des problèmes. Nous en voyons principalement une : l’homme n’est pas parfait comme Christ, se soumettre par principe à quelqu’un d’imparfait, c’est risqué.


Vous doutez que Paul enseigne réellement la soumission de la femme ? Il récidive dans 1 Colossiens 3 et dans Tite 2. Pire, dans ces deux passages, il enchaîne en rappelant combien il est important que l’esclave obéisse bien à son maître. Si aujourd’hui, l’injonction à l’esclavage semble être caduque de fait, pour certains il paraît impossible de remettre en question l’idée de la soumission de la femme. Surprenant.


Quoi qu’il en soit, bien que nous ayons des réserves, il semble indiscutable que Paul enseigne la soumission de la femme à son mari.


II- Paul serait-il sexiste ?


Dans Tite 2, Paul encourage les femmes âgées à apprendre aux jeunes femmes à aimer maris et enfants, à être pondérées, chastes, occupées aux travaux domestiques, bonnes, soumises à leur mari, pour qu’on ne calomnie pas la parole de Dieu.


Finalement nous avons le trio sexiste par excellence : chasteté, ménage et enfants.

Rassurez-vous, Pierre aussi semble sexiste : il dira aux maris que les femmes sont des êtres plus fragile qu’il convient de ménager. Si chaque mot qu’écrit Pierre sont la parole de Dieu infaillible et immuable, alors devons-nous considérer de facto toutes les femmes comme des êtres plus faibles ?

Paul ne s'arrête pas là, dans 1 Corinthiens 14, il semble que l’injonction de se soumettre soit plus large que la seule soumission à son mari. La femme doit se taire à l’Eglise, si elle a une question, qu’elle l’a pose à son mari une fois rentrée à la maison. En somme : "Tais-toi et demande à ton mari".


Et que dire sur l’étrange non-attirance de Paul pour les femmes ? Dans 1 Corinthiens 7, Paul semble voir le mariage et le fait de toucher une femme comme une concession, non un idéal. Pourquoi ce désintérêt total pour la gente féminine ? Certains y verront un Paul trop spirituel pour être si charnel. Nous, nous nous questionnons : son don de célibat serait-il une assexualité, un sexisme aiguë, une homosexualité refoulée?


Attention, pour finir, pic de sexisme en vue : Pour Paul, l’homme est à l’image de Dieu. La femme, elle, est la gloire de l’homme. Pourquoi ? Parce que c’est la femme qui a été tirée de l’homme en Genèse. La femme a été créée pour l’homme et pas l’inverse. Donc les femmes doivent porter un voile comme une marque d’autorité. Si nous continuons dans 1 Timothée 2, la femme doit s’instruire dans l’Eglise en SILENCE. Pour l’époque c’est déjà un mieux, elle est soumise et doit se taire, mais au moins elle a accès à l’instruction. De là à en faire un idéal pour le XXIème siècle… En revanche elle ne doit pas enseigner ni prendre autorité sur l’homme. Pourquoi ? A cause du même argument que précédemment : la femme a été créée postérieurement à l’homme. Il va même jusqu’à sous entendre qu’Adam n’a pas péché mais seulement Eve qui a transgressée la loi. Il va même jusqu’à sous-entendre que son salut est dans le fait de devenir mère...


Cette interprétation de la Genèse nous questionne… Allons y jetez un oeil !


III- Et si la soumission était une conséquence de la chute ?


Pour défendre une vision complémentariste (domination de l’homme sur la femme par les rôles qui leur sont attribués) il faudrait trouver dans la Bible des textes qui parlent de caractéristiques spéciales pour la femme on pourrait nous citer proverbes 31. Sauf que pour beaucoup des caractéristiques listées ici, il est difficile de les considérer comme exclusives à la femme...


Allez, regardons enfin à Genèse. Au chapitre 1, quand Dieu créé l’humanité le mot utilisé est le mot "Adam". Cette humanité est à l’image de Dieu : Adam dominent. Cette humanité "Adam", Dieu les fit mâle et femelle. Le mot Adam semble donc bien englober l’homme et la femme. Rien qu’avec cette analyse, la lecture de Paul de Genèse explose. Contrairement à ce qu’il dit dans 1 Corinthiens 7, l’homme ET la femme sont à l’image de Dieu. C’est le meilleur moyen de montrer que Paul se trompe sur ce sujet.


Si nous prenons en compte la manière dont le premier récit de genèse utilise le mot Adam, et si nous rentrons complètement dans une lecture allégorique alors l' "Adam" dont on tire Eve ne doit pas être compris comme un homme dont on a tiré une femme. Ce qui ressort, c'est l’importance du besoin social de l’être humain qui ne doit pas être seul. L’homme n’a pas besoin d’une femme pour vivre, mais il a besoin de sociabilité. Pour le coup, l’apôtre Paul et son fameux don de célibat en est un bel exemple.

Finalement, c’est la sociabilité et la collaboration qui est le socle inévitable de l’humanité pour accomplir le mandat : cultiver, protéger et jouir du jardin.

Le couple n’est que le premier cercle de ce besoin de l’homme de faire société.


Au chapitre 3, nous lisons le récit de la chute. C’est cet événement qui engendre la domination de l’homme sur la femme. Nous n’observons aucun rapport de domination préalable à la chute. Quand Paul défend la soumission de la femme envers l’homme il est en train de défendre la chute plutôt que la venue du royaume de Dieu sur terre qui régénère la création. D’une manière général on peut prendre ce texte comme une condamnation des rapports de domination mais dont la mauvaise graine est semée d’abord dans ce premier cercle de sociabilité qu'est le couple. On peut y voir un écho à la condamnation des rapports de domination que Jésus condamne en Luc 22.


Intéressant d’ailleurs que dans ce passage, les grands qui dominent se font passer comme les bienfaiteurs de ceux qu’ils dominent. De la même façon les hommes se font passer pour les protecteurs des femmes qu’ils dominent (c’est cette vision que Paul et Pierre défendent). Elles vous sont soumises mais vous devez les aimer de manière à être leurs bienfaiteurs. La bienveillance est l’argument justifiant la domination. Mais cela reste de la domination, conséquence de la chute.


IV- Jésus et son rapport aux femmes


Tient et Jésus dans tout ça ? Quel était son comportement envers les femmes ? On peut dire que Jésus avait dans son entourage beaucoup de femmes. Son comportement à leur égard n’était pas vraiment en phase avec les habitudes des hommes de son époque. Il dialogue beaucoup avec elles, et accepte même les reproches venant d’elle. Quitte à choquer ses disciples, il discute longuement avec la samaritaine au bord du puits. Il fait peu de cas des règles rituelles qui stigmatisent les femmes ayant leurs règles.


De plus les évangiles évoquent l’extrême pauvreté des veuves à de multiples reprises. Jésus critique sévèrement la répudiation des femmes qui sont ainsi condamnées à la pauvreté. Si Moïse a permis cette disposition dans la loi c’est bien à cause du coeur dur des hommes.


Dans une société patriarcale qui valorise les femmes pour leur capacité à enfanter, une femme interpelle Jésus : "Heureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins que tu as sucés !" mais Jésus lui répond : "Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l'observent !" Ainsi donc, la valeur d'une femme ne serait pas dans son ventre et ses seins ?


Peut être que leur valeur se trouve dans leurs qualités de ménagères ?


Intéressons nous à un passage souvent utilisé de manière anachronique pour parler du "service dans l’église". Nous sommes dans le chapitre 10 de l’évangile de Luc et Jésus se trouve dans la maison de Lazare à Béthanie. Deux soeurs vivent là : Marthe et Marie. Marthe est accaparée par toutes les tâches domestiques pour accueillir Jésus, tandis que Marie écoute l’enseignement de Jésus. Marthe, agacée par la situation, demande à ce que Jésus envoie Marie l’aider. Jésus n’en fera rien: "Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée". Beaucoup d’hommes devaient être présents également pour écouter l’enseignement de Jésus. Pas de raisons pour lui qu’elle soit privée de l’enseignement sous prétexte de tâches ménagères.


S'il y a misogynie dans la Bible, elle vient systématiquement des disciples qui face à cette interdiction de répudiation des femmes s'interrogent alors sur l'intérêt véritable du mariage. Ou encore, alors que les femmes sont les premières à recevoir la bonne nouvelle de la résurrection de Jésus, les disciples eux considèrent les paroles de femmes comme des niaiseries.


V- Envisageons la possibilité d’un progressisme théologique


Paul, dans Galates 3, semble professer qu’en Christ les rapports de domination s'effacent. Mais il semble être trop empêtré dans son époque (comme chacun d’entre nous) pour penser plus loin toutes les conséquence du message libérateur qu’il prêche. D'où l’importance d’avoir une vision progressiste de la théologie. Nous devenons meilleurs à comprendre l’évangile de siècle en siècle. Mais pour cela il faut nous permettre avec méthode de critiquer le discours théologique de Paul.


Dans 1 Corinthiens 7, Paul fait des distinctions entre ce qui vient de lui et ce qui vient du seigneur :

Au verset 10 il commence en disant que ce n’est pas lui mais le seigneur qui parle. Sous-entendant qu'avant cela, c’était juste lui qui parlait.

Au verset 12 il continue en disant que non pas le seigneur mais lui parle. Si nous suivons la pensée de Paul, la seule partie de la première lettre aux corinthiens que nous devons prendre comme la parole de Dieu c’est les versets 10 et 11.


Attendez ! Si chaque parole de la Bible est parole de Dieu, Paul me dit ici qu’il n’est pas la parole de Dieu. Peut être que Paul n’était pas conscient qu’il était la parole de Dieu quand il a écrit ça. Mais si je considère qu’il est la parole de Dieu alors elle ne peut pas se tromper. Donc forcément il ne peut avoir tord de dire qu’il n’est pas la parole de Dieu. Mais alors il peut avoir tord vu qu’il n’est pas la parole de Dieu. Oui mais si ! Il est la parole de Dieu… Hum il y a de quoi finir avec des noeud au cerveau!


L’apôtre Paul pourrait-il se tromper ? Sa culture pourrait-il l’influencer ? Paul était-il parfait ? Non… Est-ce si scandaleux que d’imaginer un Paul, qui fait de son mieux dans son contexte pour faire avancer la cause de l’évangile ? Le "mieux" de son contexte est-il vraiment un idéal pour le nôtre ?


Vous pourriez nous dire que notre culture nous influence nous-aussi quand nous lisons Paul, et vous avez raison ! D’où l’utilité de critiquer Paul, non pas à la lumière de nos moeurs mais de la Bible elle-même.


Dans beaucoup d’Eglises le discours de Paul sur la femme nous amène à beaucoup d’hypocrisie. Comme nous ne pouvons renoncer à l'inerrance des textes nous les dissimulons et nous n’en parlons pas. Ou alors nous en parlons mais en en tordant le sens à coup d’arguments étymologiques ou historiques douteux. Finalement, nous ne renonçons pas en théorie à nos enseignements sur le rôle de la femme mais nous l’ignorons. Nous agissons comme envers un cousin honteux que nous ne pourrions moralement pas virer de la famille, et faisons comme s'il n’était pas là.


Cessons d’être hypocrite dans notre approche des textes de Paul et de maltraiter le texte pour en atténuer artificiellement la violence. Prenons le tel qu’il est et acceptons simplement de critiquer la Bible par la Bible pour saisir au mieux la vision biblique d’un sujet. Via cette méthodologie voila notre conclusion : femmes, ne soyez pas soumises à vos maris !

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